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Conservation des documents d'entreprise : durées légales, numérisation et archivage

Conservation des documents d'entreprise : combien de temps garder factures, pièces comptables, bulletins de paie et contrats, et comment numériser sans risque.

6 min de lecturePar l'équipe WeeGestion

Bureau avec ordinateur portable, livres, machine à écrire et caissons de rangement
Photo : Burst via StockSnap (CC0)

Un contrôle fiscal, un litige avec un client, un ancien salarié qui conteste son solde de tout compte : le jour où l'on a besoin d'un document, il est souvent trop tard pour le chercher. Chaque type de pièce a une durée de conservation fixée par la loi, et la numérisation obéit à des règles précises. Voici ce qu'il faut garder, combien de temps et sous quelle forme.

Pourquoi les durées de conservation sont-elles différentes selon les documents ?

Parce qu'elles répondent à des obligations différentes. Trois logiques se superposent :

  • le Code de commerce impose de garder la comptabilité et ses justificatifs pour pouvoir rendre compte de l'activité ;
  • le droit fiscal donne à l'administration un délai pour contrôler, pendant lequel vous devez pouvoir présenter vos pièces ;
  • le droit civil, commercial et social fixe des délais de prescription pendant lesquels un client, un fournisseur ou un salarié peut agir contre vous.

Un même document peut relever de plusieurs logiques. Une facture d'achat est à la fois une pièce comptable (10 ans) et un justificatif fiscal (6 ans) : c'est la durée la plus longue qui s'applique.

Combien de temps garder chaque document ?

Le tableau suivant reprend les durées minimales indiquées par l'administration pour les documents les plus courants.

DocumentDurée minimalePoint de départ
Livres et registres comptables10 ansclôture de l'exercice
Pièces justificatives : factures, bons de commande et de livraison10 ansclôture de l'exercice
Comptes annuels10 ansclôture de l'exercice
Documents fiscaux : TVA, impôt sur les sociétés, impôt sur le revenu, CFE6 ansdernière opération ou date d'établissement
Contrats et correspondance commerciale5 ansfin de la relation ou de l'opération
Documents bancaires : relevés, talons de chèques5 ansdate de l'opération
Contrat électronique avec un consommateur, d'au moins 120 €10 anslivraison ou exécution
Statuts de la société5 ansradiation de la société
Procès-verbaux d'assemblée5 ansdate du procès-verbal
Double des bulletins de paie5 ansdate du bulletin
Registre unique du personnel5 ansdépart du salarié
Contrats de travail, solde de tout compte5 ansdépart du salarié
Justificatifs de cotisations sociales3 ansdate du document
Décompte des horaires de travail1 andate du document
Polices d'assurance2 ansfin du contrat
Titres de propriété immobilière30 ansdate de l'acte

En pratique, beaucoup d'entreprises appliquent une règle simple : tout ce qui touche à la comptabilité, 10 ans ; tout ce qui touche au personnel, au moins 5 ans après le départ du salarié. C'est prudent et facile à retenir.

Le délai fiscal de 6 ans peut être allongé à 10 ans en cas d'activité occulte, c'est-à-dire non déclarée. Et en cas de procédure en cours, un contrôle ou un litige, gardez évidemment tout ce qui s'y rapporte jusqu'à sa fin.

Les bulletins de paie ont-ils une durée particulière ?

Oui, et il faut distinguer deux choses. L'employeur doit conserver un double des bulletins pendant 5 ans. Le salarié, lui, a intérêt à garder ses bulletins toute sa vie, notamment pour ses droits à la retraite.

Quand l'employeur remet les bulletins sous forme électronique, il doit garantir leur disponibilité pendant 50 ans ou jusqu'aux 75 ans du salarié. En pratique, cette obligation est assurée par le service d'archivage du logiciel de paie ou par le dépôt sur un espace sécurisé. Avant de choisir un outil, vérifiez comment il remplit cette obligation. Pour mieux comprendre ce que contient chaque bulletin, voir notre article pour lire un bulletin de paie.

Peut-on scanner ses factures papier et jeter les originaux ?

Oui, sous conditions. Le Livre des procédures fiscales (article L102 B) prévoit que les documents reçus ou établis sur papier peuvent être conservés sur papier ou sous forme électronique. L'arrêté du 22 mars 2017, codifié à l'article A102 B-2, fixe les conditions de la numérisation.

La copie numérique doit être fidèle à l'original :

  • conforme en image et en contenu, avec les couleurs de l'original lorsqu'elles ont un sens ;
  • sans traitement de l'image ni recadrage qui ferait disparaître une information ;
  • enregistrée dans un format sans perte, le PDF ou le PDF/A-3 étant cités ;
  • sécurisée au moment de la numérisation par une empreinte numérique et un cachet serveur ou une signature électronique, puis horodatée ;
  • produite dans le cadre d'une organisation documentée, avec des contrôles internes.

La numérisation peut être confiée à un prestataire, mais l'entreprise reste responsable de la conformité des copies.

Une fois ces conditions respectées, l'original papier peut être détruit. Sans elles, une photo prise avec un téléphone et rangée dans un dossier partagé ne vaut pas original en cas de contrôle. Gardez alors le papier.

Que change la facture électronique pour l'archivage ?

Avec la réforme, les factures entre entreprises deviennent progressivement électroniques : obligation de réception depuis le 1er septembre 2026 pour toutes les entreprises, obligation d'émission à partir du 1er septembre 2027 pour les PME et micro-entreprises. Ces factures arrivent dans un format structuré, Factur-X, UBL ou CII, via une plateforme agréée (notre article sur la facture électronique obligatoire détaille le calendrier).

Conséquence directe : le fichier reçu est l'original. Il doit être conservé tel quel, dans son format, avec les garanties d'intégrité, pendant toute la durée légale. Le PDF que l'on imprime ou que l'on visualise n'en est qu'une représentation.

Même logique pour la comptabilité : en cas de contrôle, elle doit pouvoir être remise sous forme d'un fichier des écritures comptables (voir notre article sur le FEC). Les données des exercices encore contrôlables doivent donc rester exploitables, même si vous changez de logiciel.

Comment organiser l'archivage au quotidien ?

Un bon archivage tient en quelques règles, à appliquer toute l'année plutôt qu'au moment du bilan.

  1. Classez par exercice et par nature : ventes, achats, banque, social, juridique. Un dossier par exercice facilite la purge le moment venu.
  2. Nommez les fichiers de façon constante, par exemple date, fournisseur et numéro de facture.
  3. Rattachez chaque justificatif à son écriture comptable, pour retrouver une pièce en quelques secondes depuis la ligne de banque.
  4. Sauvegardez en deux endroits distincts, dont un hors de vos locaux, et testez la restauration au moins une fois par an.
  5. Vérifiez les accès : qui peut consulter les bulletins de paie, les contrats, les relevés bancaires ?
  6. Planifiez la destruction des documents dont le délai est dépassé, notamment ceux qui contiennent des données personnelles de clients ou d'anciens salariés.
  7. Exportez vos données avant de quitter un logiciel ou un prestataire, dans des formats ouverts.

Prenons une boulangerie de six salariés. Ses archives tiennent en quelques dossiers : un par exercice pour les ventes, les achats et la banque, conservés 10 ans ; un dossier par salarié pour le contrat, les bulletins et le solde de tout compte, conservé au moins 5 ans après le départ ; un dossier juridique permanent pour les statuts, les procès-verbaux et le bail. Chaque début d'année, la gérante supprime ce qui a dépassé son délai, en commençant par les anciens relevés d'heures et les données des candidats non retenus.

Pour les pièces liées aux paiements, le rapprochement bancaire mensuel est l'occasion idéale de vérifier que chaque opération a son justificatif.

Dans le module Comptabilité de WeeGestion, les factures reçues en Factur-X, CII ou UBL sont conservées avec leurs écritures, et le FEC ou les données en CSV s'exportent à tout moment.

Le bilan de l'exercice, avec l'export du fichier des écritures comptables et de la liasse 2033.

Que risque-t-on si un document manque ?

Les conséquences dépendent du document et de la situation :

  • en contrôle fiscal, l'absence de factures ou de comptabilité probante peut conduire l'administration à rejeter des charges, refuser la déduction de la TVA, voire reconstituer elle-même votre chiffre d'affaires ;
  • en litige commercial, sans contrat ni correspondance, il devient difficile de prouver ce qui avait été convenu ou livré ;
  • face à un salarié ou à l'Urssaf, l'absence de bulletins, de relevés d'heures ou de justificatifs de cotisations se retourne presque toujours contre l'employeur.

Garder ses documents n'est donc pas qu'une obligation administrative : c'est votre meilleure défense.

Questions fréquentes

Combien de temps garder les relevés bancaires de l'entreprise ?

L'administration indique 5 ans pour les documents bancaires. Comme ils servent aussi de pièces justificatives à la comptabilité, beaucoup d'entreprises les conservent 10 ans par prudence, avec le reste des pièces de l'exercice.

Peut-on stocker ses archives dans un service de stockage en ligne ?

Oui, à condition que les documents restent intègres, lisibles et accessibles pendant toute la durée légale, et que l'accès soit protégé. Pour les documents numérisés à partir du papier, la copie doit en plus respecter les conditions de fidélité, d'empreinte et d'horodatage fixées par l'administration.

Que faire des archives après la fermeture de l'entreprise ?

Les obligations de conservation ne s'arrêtent pas avec la cessation d'activité. Le liquidateur ou l'ancien dirigeant doit garder les documents jusqu'au terme des délais. Les statuts, par exemple, se conservent 5 ans après la radiation.

Sources officielles

Article à jour le 23 octobre 2026. Les règles évoluent : vérifiez votre situation sur ces sites ou auprès de votre expert-comptable.