Prévision de trésorerie : construire un plan sur 12 mois pour votre TPE
Prévision de trésorerie : comment bâtir un plan sur 12 mois, calculer votre BFR et repérer à l'avance le mois difficile. Méthode, exemple chiffré et pièges.
8 min de lecturePar l'équipe WeeGestion

Une entreprise rentable peut se retrouver à court d'argent en septembre, simplement parce que ses clients paient à 45 jours et que la TVA, les congés et un achat de machine tombent au même moment. Le plan de trésorerie sert à voir venir ce creux plusieurs mois à l'avance, quand il est encore temps d'agir. Voici comment le construire sur 12 mois, avec un exemple complet.
Pourquoi un bénéfice ne garantit-il pas de la trésorerie ?
Le compte de résultat enregistre ce que vous avez facturé et ce que vous avez consommé. La trésorerie, elle, ne connaît que ce qui est encaissé et décaissé. Entre les deux, il y a des décalages, et ce sont eux qui créent les tensions.
Les plus fréquents dans une petite entreprise :
- les clients professionnels qui paient à 30, 45 ou 60 jours, alors que les salaires partent chaque mois ;
- le stock acheté et payé avant d'être vendu ;
- la TVA collectée sur vos ventes, qui n'est pas à vous et qu'il faudra reverser ;
- les échéances fiscales et sociales, qui tombent à date fixe quelle que soit l'activité du mois ;
- les investissements payés comptant mais amortis sur plusieurs années ;
- le remboursement du capital d'un emprunt, qui sort de la banque sans apparaître en charge.
Résultat : un artisan qui affiche 40 000 € de bénéfice peut avoir moins de 5 000 € sur son compte au moment où il en a besoin.
Qu'est-ce que le BFR et comment le calculer ?
Le besoin en fonds de roulement (BFR) mesure l'argent immobilisé par le cycle d'exploitation. La définition donnée par le ministère de l'Économie est simple : stocks + créances clients - dettes fournisseurs. Un BFR positif est un besoin à financer en permanence ; un BFR négatif, comme dans la grande distribution où les clients paient comptant et les fournisseurs plus tard, est au contraire une ressource.
Prenons un atelier de menuiserie qui réalise 360 000 € HT de chiffre d'affaires par an avec des clients professionnels, soit 432 000 € TTC. Ses clients paient en moyenne à 45 jours. Il garde environ 15 000 € de bois et de quincaillerie en stock, et règle ses 180 000 € TTC d'achats annuels à 30 jours.
| Poste | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Créances clients | 432 000 € / 365 x 45 jours | 53 260 € |
| Stocks | moyenne observée | 15 000 € |
| Dettes fournisseurs | 180 000 € / 365 x 30 jours | 14 795 € |
| BFR | créances + stocks - dettes | 53 465 € |
Ce chiffre parle : plus de 53 000 € sont « coincés » dans l'activité. Si les clients payaient à 30 jours au lieu de 45, les créances tomberaient à 35 507 € et le BFR baisserait d'environ 17 750 €. C'est autant de trésorerie récupérée sans vendre un euro de plus.
Comment construire un plan de trésorerie sur 12 mois ?
Un plan de trésorerie est un tableau très simple : une colonne par mois, des lignes d'encaissements et de décaissements, et en bas la trésorerie de fin de mois. Tout se raisonne en montants TTC et à la date réelle du mouvement bancaire, pas à la date de la facture.
- Partez du solde bancaire réel au premier jour du plan, tous comptes confondus, après avoir rapproché la banque de la comptabilité (voir notre méthode de rapprochement bancaire).
- Listez les encaissements : ventes au comptant, règlements clients selon leur délai habituel (et non le délai écrit sur la facture), subventions, apports, emprunts débloqués, remboursement de crédit de TVA.
- Listez les décaissements fixes : loyer, salaires nets, cotisations sociales, assurances, abonnements, échéances d'emprunt, leasing.
- Ajoutez les décaissements variables : achats de marchandises et de matières, sous-traitance, carburant, en proportion de l'activité prévue.
- Placez les échéances fiscales à leur date : TVA, acomptes d'impôt sur les sociétés, CFE.
- Ajoutez les dépenses exceptionnelles : investissement, prime de fin d'année, dividendes, travaux.
- Calculez la trésorerie de fin de mois : solde de début + encaissements - décaissements. Ce solde devient le point de départ du mois suivant.
Les dates fiscales à ne pas oublier
Elles dépendent de votre régime, mais quelques repères reviennent souvent. Au réel normal, la TVA se déclare et se paie chaque mois. Au réel simplifié, vous versez deux acomptes de TVA, en juillet (55 % de la TVA due au titre de l'exercice précédent) et en décembre (40 %), puis le solde avec la déclaration annuelle CA12, début mai pour un exercice calendaire. Pour l'impôt sur les sociétés, les acomptes tombent le 15 mars, le 15 juin, le 15 septembre et le 15 décembre, sauf si l'impôt de référence ne dépasse pas 3 000 €. Le détail des régimes est expliqué dans notre article sur les régimes de TVA des TPE.
À quoi ressemble un plan de trésorerie réel ?
Reprenons l'atelier de menuiserie, trois personnes, qui démarre l'année avec 18 000 € en banque. L'atelier ferme trois semaines en août, prévoit l'achat d'une machine de 6 000 € en juillet et paie ses acomptes de TVA au réel simplifié.
| Mois | Encaissements | Décaissements | Variation | Trésorerie fin de mois |
|---|---|---|---|---|
| Janvier | 32 000 € | 30 500 € | + 1 500 € | 19 500 € |
| Février | 28 000 € | 29 000 € | - 1 000 € | 18 500 € |
| Mars | 30 000 € | 33 500 € | - 3 500 € | 15 000 € |
| Avril | 34 000 € | 31 000 € | + 3 000 € | 18 000 € |
| Mai | 36 000 € | 38 500 € | - 2 500 € | 15 500 € |
| Juin | 38 000 € | 34 000 € | + 4 000 € | 19 500 € |
| Juillet | 33 000 € | 41 000 € | - 8 000 € | 11 500 € |
| Août | 18 000 € | 26 000 € | - 8 000 € | 3 500 € |
| Septembre | 27 000 € | 31 000 € | - 4 000 € | - 500 € |
| Octobre | 35 000 € | 32 000 € | + 3 000 € | 2 500 € |
| Novembre | 37 000 € | 31 500 € | + 5 500 € | 8 000 € |
| Décembre | 40 000 € | 39 000 € | + 1 000 € | 9 000 € |
Sur l'année, l'atelier reste bénéficiaire. Pourtant, le plan montre un compte à découvert fin septembre. L'explication tient en trois lignes : juillet cumule l'acompte de TVA, la machine et des congés payés ; août encaisse peu parce que l'atelier a peu facturé en juillet ; septembre paie les fournisseurs de la rentrée avant que les factures de septembre ne soient réglées.
Vu en janvier, ce creux se traite facilement. Vu le 25 septembre, il coûte des agios, des frais d'incident et parfois un fournisseur mécontent.
Que faire quand le plan annonce un mois difficile ?
Le plan ne sert pas qu'à constater. Chaque ligne est un levier. Dans l'exemple, plusieurs actions permettent de rester au-dessus de zéro :
- Financer la machine autrement : un crédit ou une location financière étale les 6 000 € sur plusieurs années au lieu de les sortir en juillet.
- Demander des acomptes à la commande sur les chantiers importants, en le prévoyant dès le devis.
- Accélérer les encaissements : facturer le jour de la livraison et non en fin de mois, relancer dès le premier jour de retard (notre guide pour relancer les factures impayées détaille la marche à suivre).
- Négocier avec les fournisseurs un délai de paiement plus long, dans la limite légale : entre professionnels, 60 jours à compter de la date de facture, ou 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit.
- Moduler les acomptes de TVA si l'activité baisse nettement : le régime simplifié le permet sous conditions, à voir avec votre expert-comptable.
- Ouvrir une autorisation de découvert ou une ligne de court terme avant d'en avoir besoin : un banquier prête plus volontiers à qui lui montre un plan qu'à qui l'appelle en urgence.
Quelles erreurs rendent un plan de trésorerie inutile ?
Un plan faux rassure, ce qui est pire que pas de plan du tout. Les erreurs les plus courantes :
- Mélanger HT et TTC : vos clients vous versent du TTC, vos fournisseurs reçoivent du TTC. La TVA nette apparaît sur sa propre ligne, à sa date.
- Prendre la date de facture pour la date d'encaissement : si vos clients paient en moyenne à 52 jours, c'est 52 jours qu'il faut retenir, pas les 30 jours écrits sur la facture.
- Oublier les charges annuelles : assurance payée en une fois, CFE en décembre, honoraires de l'expert-comptable au bilan, prime de fin d'année.
- Compter les salaires bruts au lieu du net versé le mois M et des cotisations versées selon leur propre échéance.
- Construire le plan une fois et l'oublier : un plan qui n'est pas comparé à la réalité chaque mois ne s'améliore jamais.
- Ne prévoir qu'un scénario : faites au moins une version prudente, avec un mois de retard sur les encaissements et 10 % de chiffre d'affaires en moins.
Comment faire vivre le plan au fil des mois ?
Le plan de trésorerie devient vraiment utile quand il est mis à jour. La routine la plus efficace tient en une heure par mois :
- Rapprocher la banque et noter le solde réel de fin de mois.
- Comparer chaque ligne du mois écoulé au prévisionnel et noter les écarts de plus de 10 %.
- Comprendre l'origine des écarts : retard client, dépense imprévue, saisonnalité mal estimée.
- Corriger les mois suivants et ajouter un nouveau mois en fin de plan, pour garder toujours 12 mois devant vous.
- Décider tout de suite des actions si un mois passe sous votre seuil d'alerte (par exemple un mois de charges fixes).
La trésorerie est aussi l'un des indicateurs centraux d'un bon tableau de bord de TPE, aux côtés du délai de paiement clients et de la marge.
Un tableur suffit pour démarrer. Quand la comptabilité est tenue dans un logiciel relié à la banque, le solde réel et les factures en attente de règlement sont déjà là : dans le module Comptabilité de WeeGestion, le tableau de bord affiche la trésorerie et un prévisionnel alimentés par vos ventes, vos achats et vos opérations bancaires.
Tableau de bord comptable
Exercice 2026Trésorerie
48 260 €
3 comptes
Résultat
+62 410 €
à fin sept.
TVA à payer
3 653 €
CA3 sept.
Prévisionnel de trésorerie6 mois
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un plan de trésorerie et un budget prévisionnel ?
Le budget prévisionnel raisonne en chiffre d'affaires et en charges, hors taxes, à la date où ils sont réalisés. Le plan de trésorerie raisonne en encaissements et décaissements TTC, à la date où l'argent entre ou sort réellement du compte. Les deux se complètent : le budget dit si vous gagnez de l'argent, le plan dit si vous pourrez payer.
Combien de trésorerie de sécurité faut-il garder ?
Il n'existe pas de règle légale. Beaucoup de dirigeants visent au minimum un mois de charges fixes (salaires, loyer, cotisations, emprunts), davantage pour une activité saisonnière ou dépendante de quelques gros clients. Votre plan sur 12 mois vous dira quel niveau est réaliste pour votre entreprise.
Le banquier peut-il demander un plan de trésorerie ?
Oui, c'est très fréquent pour une demande de découvert, de crédit de trésorerie ou de prêt d'équipement. Un plan sur 12 mois, cohérent avec vos comptes et accompagné des hypothèses retenues, rassure et accélère souvent la décision.
Faut-il intégrer la TVA dans le plan de trésorerie ?
Oui. Les encaissements et décaissements se notent TTC, et la TVA à reverser apparaît sur une ligne à part, à la date de son paiement. L'oublier donne l'illusion d'une trésorerie plus confortable qu'elle ne l'est.
Sources officielles
- Ministère de l'Économie (Facileco) : que regarder dans un bilan ?
- Entreprendre.Service-Public : délais de paiement entre professionnels
- Entreprendre.Service-Public : déclarer et payer la TVA
- Entreprendre.Service-Public : impôt sur les sociétés, déclaration et paiement
Article à jour le 23 octobre 2026. Les règles évoluent : vérifiez votre situation sur ces sites ou auprès de votre expert-comptable.


